L’affichage du Nutri-Score évolue, et cette mise à jour, validée par le gouvernement, promet d’être plus stricte. Présenté comme un outil destiné à mieux orienter les consommateurs vers des choix alimentaires plus sains, ce nouvel étiquetage ne fait pourtant pas l’unanimité. Entre tensions politiques, pression des lobbys et doutes sur la pertinence des changements, cette réforme soulève bien des questions.
Un Nutri-Score « plus précis » ou plus sévère ?
Le Nutri-Score, cette échelle de cinq couleurs et cinq lettres (A à E) qui classe les aliments selon leur qualité nutritionnelle, est en place depuis près de huit ans. Officiellement, cette mise à jour vise à corriger certaines incohérences : des produits ultra-transformés obtenaient parfois une bonne note, tandis que des aliments naturellement gras ou sucrés étaient pénalisés.
Désormais, plusieurs changements sont à noter :
- Les boissons allégées contenant des édulcorants sont rétrogradées : les sodas lights, autrefois notés B, passeront en C, D ou E.
- Les poissons gras et les huiles riches en « bonnes » graisses auront une meilleure note, tandis que les produits jugés trop sucrés ou trop salés verront leur score baisser.
- La volaille sera mieux classée que la viande rouge, suivant les recommandations de santé publique.
Sur le papier, tout cela semble logique. Mais la réalité est plus nuancée.
Un affichage critiqué par les industriels et le gouvernement
Cette réforme ne fait pas l’unanimité. Des tensions ont éclaté au sein même du gouvernement, notamment entre le ministère de la Santé et celui de l’Agriculture, ce dernier reprochant au Nutri-Score mis à jour de désavantager les produits du terroir.
Les industriels ont deux ans pour adapter leurs emballages à ce nouveau Nutri-Score. Mais certains pointent déjà un système biaisé, qui pénaliserait des aliments traditionnels au profit de produits standardisés. Foodwatch, organisation de défense des consommateurs, accuse le gouvernement de céder aux intérêts privés des grands groupes agroalimentaires.
Une guerre ouverte entre santé publique et lobbying industriel
Derrière cette réforme, une bataille féroce se joue entre les défenseurs de la santé publique et les industriels de l’agroalimentaire.
- Santé Publique France et des chercheurs en nutrition défendent ce Nutri-Score renforcé, estimant qu’il aidera à lutter contre le surpoids et les maladies cardiovasculaires.
- Le gouvernement a validé cette réforme malgré des désaccords entre le ministère de la Santé et celui de l’Agriculture.
- Certains industriels et producteurs de terroir dénoncent un système qui pénalise leurs produits. Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, critique notamment l’impact négatif de ce nouveau calcul sur les produits traditionnels français.
Pour Foodwatch, le gouvernement devrait suivre les recommandations scientifiques plutôt que de plier face aux pressions des grands groupes agroalimentaires. Un appel qui met en lumière le poids du lobbying dans les décisions de santé publique.
Une mise en place progressive… et inégale ?
Ce nouveau Nutri-Score ne s’imposera pas du jour au lendemain.
- Les industriels volontaires ont deux ans pour ajuster leurs emballages.
- Aucune obligation légale n’impose aux marques d’adopter cet affichage, laissant ainsi une grande marge de manœuvre aux entreprises qui souhaiteraient retarder ou contourner son application.
Une incohérence qui pose question : comment garantir une information claire et uniforme aux consommateurs si son application reste au bon vouloir des industriels ?
Un changement à double tranchant pour les consommateurs
Si ce Nutri-Score révisé pourrait mieux orienter les choix alimentaires, il risque aussi de brouiller les repères pour ceux qui s’y étaient habitués. Voir son produit favori rétrogradé d’un B à un D pourrait semer le doute et la confusion. De plus, les marques les plus réticentes à la transparence pourraient choisir de retirer complètement le Nutri-Score de leurs emballages, rendant la comparaison entre produits encore plus difficile.
Vers une perte de confiance des consommateurs ?
Si l’objectif du Nutri-Score est d’aider à mieux manger, ces ajustements risquent surtout d’entretenir la confusion. Entre la multiplication des changements, la pression des lobbies et les contradictions entre les recommandations officielles, les consommateurs pourraient douter de la fiabilité de cet affichage.
En attendant, le nouveau Nutri-Score sera progressivement déployé en rayons, avec son lot de polémiques. Reste à voir s’il remplira réellement son objectif : guider les consommateurs vers une alimentation plus saine… ou s’il finira par être perçu comme un énième outil de marketing alimentaire.